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23/06/2022

INTERVIEW : Véronique Philippe, Directrice conseil en identité visuelle et graphique

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Après 13 ans a œuvré chez L’Oréal au sein du département branding et image et une vingtaine d’années en agence de communication, Véronique Philippe prône le bonheur de la découverte et du partage, qui tire toujours vers le haut sa propre réflexion. A la force des mots, elle préfère celle de l’image, dans tout ce qui la compose, celle qui provoque l’émotion et parle de la vibration des sens avant la raison. Une magnifique définition du luxe qui n’est pas qu’une affaire de prix, de tendance, mais avant tout de sentiment personnel, une réaction puissante à un savoir-faire. Pour autant, elle a forgé sa propre vision des mondes parallèles virtuels qui laissent l’humain de côté… pour un temps seulement.

Avec des mots d’une humilité et d’une justesse infinies, Véronique Philippe nous explique que sans amour de l’esthétisme, il n’y a pas de luxe.

Vendom Talents - Votre approche semble mettre en symbiose réflexion esthétique et psychologique– ce qui est assez complémentaire finalement. Pourriez-vous nous l’expliquer ?

Véronique Philippe - La notion d’esthétisme m’a, en effet, toujours guidée dans ma carrière. Les notions de service, d’expérience, d’émotivité et d’affect m’ont toujours animée afin de trouver du sens à ce que l’on fait d’une part, mais aussi de la façon de transmettre cette émotion. Il faut savoir se démarquer par rapport à la concurrence et à un environnement donné.

J’ai donc toujours envisagé ces réflexions de façon globale. A savoir, la matière dont je dispose et comment je vais la mettre en forme, en images, en restant guidée par une différence qui va provoquer l’émotion et une expérience singulière. Je dirai que mon inspiration dépasse le seul cadre professionnel. Elle est liée à mon propre ressenti. Il m’est impossible d’analyser ma méthode. Je me nourris, j’écoute, j’analyse puis ce sont mes sentiments et ma force de persuasion qui permettent de mettre en œuvre un projet.

V. T. - Pourriez-vous nous parler de votre arrivée dans le secteur du luxe ? Pourquoi cette envie ? Un hasard ? Un déclic ?

V. P. - Dès mon enfance, j’ai été baignée par le monde de l’art. Je suis donc très sensible à la créativité, l’artisanat, les métiers de la main et de l’excellence, de la réalisation du bel objet. Je suis, pour cela, très admirative de certaines grandes maisons françaises qui ont su garder leur identité grâce à leur art, leur savoir-faire, tout en sachant se renouveler continuellement. Je pense que c’est cette capacité à observer, à m’émerveiller devant cela qui m’a poussée vers le monde du luxe.

V. T. - Avez-vous un moteur, une personnalité qui vous a poussée à poursuivre dans cette voie ?

V. P. – Je n’ai pas vraiment eu de mentor en particulier. J’ai plutôt été intéressée par des mouvements artistiques. La photographie m’a beaucoup inspirée. L’image provoque toujours une réaction, même si je préfère certains courants plutôt que d’autres. Cette émotion peut aussi bien naître d’un tableau, que d’un paysage, une matière, une association de couleurs, etc.

Mon admiration porte sur l’objet, mais, également, sur la personne qui le crée ; ce talent n’est pas donné à tous. J’ai eu un récent coup de cœur pour le travail d’une femme, travaillant dan une célèbre cristallerie, qui créaient des tesselles d’après des modèles. La persévérance et la précision de son travail - fabriquer ces milliers petits carreaux de verre - m’a fascinée. Pour moi, son art est unique, il n’appartient qu’à elle, car elle œuvre aussi dans l’interprétation du modèle, pas seulement dans la facture des pièces.

V. T. - Quelle est actuellement votre vision du développement du « tout virtuel », ou phygitalisation,  réalité virtuelle, NFTs, etc. vers lesquelles se ruent beaucoup de marques ? Numérique et contact humain peuvent-ils selon vous, s’émuler et créer de nouvelles passerelles client-professionnel, finalement ?

V. P. – Pour moi, le luxe est le présentiel, avant tout. Et que ces médias ne peuvent remplacer le contact humain. Cependant, il est un terrain de jeu extraordinaire qui a permis à beaucoup de marques de rester en contact avec leur clientèle durant la pandémie. Cette crise nous a, bien sûr, entraîné à créer des choses très innovantes qui pouvaient être aussi très créatives, notamment grâce aux collaborations des marques avec des artistes.

Je dirai donc que c’est un plus, mais qui ne peut remplacer, à mon sens, l’expérience client en présentiel. Cette ligne de flottaison entre la réalité et la fiction, nous pourrions l’imaginer comme un « septième continent », comme l’a défini Jacques Attali. La virtualité est un champ intarissable de créativité, d’innovation, de rêve ; en cela, elle vient compléter la magie du luxe, car elle entre dans l’imaginaire et vous fait vivre des expériences. Nous sommes conscients que les plus jeunes générations qui sont nées avec ces médias, puissent être tentées de passer par ce type d’émotion avant de vivre des expériences physiques, en retail. D’un autre côté, elle permet certainement aux marques de se singulariser sur le marché du luxe ; de travailler leur identité, de porter leurs valeurs autrement et de faire entrer dans leur propre culture les millennials.

V. T. - En effet, nous sommes encore sur le cheminement, certainement, d’autres moyens/outils de provoquer l’émoi dans le luxe. Qu’en pensez-vous ?

V. P. – En effet, la force du luxe est un formidable vivier de créativité qui ne s’arrête jamais. Même si nous abordons des mondes parallèles n’impliquant pas le présentiel, nous nous rendons compte que l’univers des marques de luxe est sans fin, car ce que propose le virtuel ne pourra jamais être mis en application dans le présentiel et, inversement, les mondes virtuels manqueront toujours du contact humain propre au luxe. Ils se complèteront donc nécessairement, sans pour autant se remplacer.

V. T. – Par quoi avez-vous été la plus émue dans votre démarche, mais aussi dans les retours qui vous en sont faits ?

V. P. – Je suis sensible aux gens qui ont du goût, qui sont sensibles à l’esthétisme, mais aussi à son savoir-faire, c’est ce qui m’anime. L’effet que produit la réalisation d’un objet sur eux. Cette observation me fait vibrer. J’aime beaucoup être dans le partage de la découverte, avec d’autres personnes, d’un art, d’une exposition, d’un créateur, etc. J’attends de, ou des, personnes qui m’accompagne(nt) de sentir leur émotion, ce en quoi cela va les inspirer, créer une réflexion nouvelle chez eux. Bien sûr, je peux découvrir seule, ou encore nous pouvons ne pas être d’accord sur le ressenti, mais l’important pour moi est d’en tirer un fil qui alimentera ma propre réflexion, qui me tirera encore vers autre chose.

V. T. - Votre prochaine étape dans cette voie ?

V. P. – Je préfère la découvrir. Je ne la projette pas. Elle sera une surprise.

 

Contact : linkedin.com/in/veronique-philippe/

 

(Photo : © Stéphane de Bourgies)