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24/06/2021

INTERVIEW : Jean-François Colloud, directeur des ressources humaines groupe Ultima Collection

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Il y a deux ans, Jean-François Colloud, directeur des ressources du groupe Utlima Collection, nous avait fait le plaisir de nous présenter le concept tout à fait novateur et atypique des destinations de la collection. Il était naturel, que nous revenions sur un état des lieux de ces sublimes adresses à la sortie de la crise. Ainsi, nous avons pu aborder avec lui la dynamique adoptée par le groupe durant cette période, ses objectifs prochains, mais également ce qui a permis à la collection de maintenir son ascension à des heures où la plupart des destinations devaient se mettre en stand-by.

Ultima Gstaad

Vendom.jobs - Pourriez-vous nous présenter Ultima Collection ?

Jean-François Colloud – Ultima Collection est un groupe assez jeune, créé en 2016, avec son adresse éponyme Ultima Gstaad. Son origine est donc un hôtel cinq étoiles haut de gamme, mais les fondateurs ont souhaité se démarquer en créant un concept hôtelier dédié aux résidences, villas, chalets privés.

Nos destinations sont, pour le moment, essentiellement des adresses de montagne et de mer saisonnières, centrées sur la Suisse (Gstaad, Crans-Montana, Genève), la France (Megève, Courchevel et bientôt Cannes), la Grèce, où nous avons ouvert voici un an Ultima Corfu.

Notre modèle est donc d’offrir à des clients très fortunés une alternative aux hôtels cinq étoiles haut de gamme dans des environnements exceptionnels en étant hébergés dans des lieux privés. Nos services de base sont, bien entendu, ceux d’un cinq étoiles supérieur – avec butler, cuisinier, spa praticien, … -, puis tout un panel d’autres prestations à la carte sur demande (chef réputé, professeur de yoga, nourrice, etc.) qui permettent à nos hôtes de retrouver le confort qu’ils peuvent avoir dans leur résidence principale.

V.J. Depuis notre dernier entretien, ses développements ont été fulgurants. Pourriez-vous nous en dire plus ?

J. -F. C. -  Nous avons, en effet, ouvert, comme je le disais, une adresse mer à Corfou. Le groupe a également fait la magnifique acquisition de l’île Sainte-Marguerite, face à Cannes, que nous espérons ouvrir l’an prochain.

Ensuite, nous souhaiterions décliner la collection en adresses urbaines – nous possédons déjà Genève – qui pourraient être installées dans d’autres grandes villes européennes : Paris, Londres...

Ultima Corfu

V.J. En raison des périodes d’incertitude que nous venons de traverser, beaucoup d’adresses ont dû repenser leur positionnement ? Qu’en a-t-il été pour vous ?

J. -F. C. -  En raison de la crise sanitaire, la clientèle cherche de plus en plus de grands espaces, des hébergement intimistes, où les interactions avec d’autres voyageurs sont réduites, voire non existantes. Or, c’est exactement le concept développé par Ultima Collection. Nous avons eu la grande chance de faire, contrairement à bien d’autres malheureusement, une excellente saison d’hiver 2020-2021 à Gstaad et Crans-Montana.

Megève a très bien marché malgré la fermeture des pistes, avec notre campagne marketing « There is more to Megève than skiing », car nous sommes dans des destinations qui propose autant d’activités hivernales qui ne nécessite pas les remontées mécaniques comme la peau de phoque, ski de fond, randonnées en raquettes, etc. Nos clients souhaitent sortir et profiter de la nature et de la destination, mais une grande majorité voyagent aussi pour le repos, le côté bien-être, le cocon des chalets et villas donc ils étaient ravis de passer du temps pour se ressourcer dans ce chalet prestigieux.

Bien entendu, nos adresses françaises n’ont pas pu ouvrir en raison de la fermeture des pistes. Nous avons, d’ailleurs, reporté l’ouverture de Courchevel à la saison prochaine.

Donc, non, nous n’avons absolument pas eu besoin de réorienter notre approche, au contraire, notre modèle a permis d’encore plus nous affirmer et de nous distinguer sur le marché de l’hôtellerie ultra luxe. Le groupe Ultima a su créer, dès le départ, des espaces privés, protégés, au sein d’environnements naturels extrêmement recherchés désormais. Notre cahier des charges répond exactement aux attentes qu’a engendrées la crise. Bien sûr, nous avons conforté certaines mesures sanitaires, nous en avons créé d’autres. Ainsi, tous nos employés sont testés avant l’arrivée de nos hôtes. En réalité, les seules barrières que nous avons connues l’an passé furent liées aux décisions gouvernementales de fermeture des stations de ski, contrôle aux frontières, etc.

Ultima Megève

V.J. – En tant qu’adresses saisonnières, comment avez-vous maintenu le lien avec vos collaborateurs durant l’année écoulée ?

J. -F. C. -  Notre saisonnalité a aussi fait notre force concernant nos collaborateurs. Nous connaissons un très faible turnover. 80 % de nos équipes, en Suisse, sont revenues travailler durant l’hiver et reviendront cet été. Ce fut évidemment plus facile de les fidéliser en Suisse. Toutefois, en France - où nous avions anticipé beaucoup de recrutement en vue de l’ouverture de Courchevel - nous avons pu faire bénéficier nos collaborateurs du chômage partiel. Nos ressources humaines en France ont parfaitement su maintenir le contact et les équipes attendent impatiemment la reprise, leur place est garantie. Nous avons également proposé à certains des alternatives très intéressantes pour leur évolution, comme des missions ponctuelles dans nos adresses suisses.

V.J. – Avez-vous profité de cette période pour créer (ou repenser) des formations, des plans de carrière ?

J. -F. C. -  Nous ne possédons pas de plan de formation stricto sensu, hormis les formations classiques obligatoires (sécurité, soins spa, etc.). Nous préférons travailler sur la croissance et la promotion de nos collaborateurs basées sur la mobilité. En tant qu’adresses saisonnières, nous ne disposons pas d’assez de temps pour construire de longs plans de formation, mais nous proposons à nos équipes de travailler ailleurs hors saison. Par exemple, cette année, nous avons délégué l’un de nos collaborateurs de Megève sur le projet de Cannes. Cette mission lui permet d’évoluer, en ajoutant des tâches à son cahier des charges, tout en découvrant d’autres adresses de la collection.

V.J. - Quels sont, selon vous, les nouveaux enjeux du recrutement dans l’ultra luxe, ainsi que pour Ultima Collection ?

J. – F. C. – Malheureusement, beaucoup de gens ont quitté la profession en raison de la crise, n’y voyant plus d’avenir. Le modèle d’Ultima Collection étant atypique, nos profils le sont également. Nos collaborateurs ne sont, en aucun cas, mono tâche et nous misons sur la transversalité de leurs talents. Ils sont, en quelque sorte, de petits hôteliers très agiles qui peuvent changer de poste en fonction de la demande. Nos adresses étant très intimistes, nous promouvons une grande fluidité des tâches. Donc, pour ma part, je ne cherche pas en priorité des compétences, mais des talents, des personnalités ouvertes à cette flexibilité. Nous sommes très proches du monde du yachting en ce sens, dans lequel l’équipage doit tout savoir-faire. L’ensemble de la prise en charge doit, en effet, être transparente aux yeux du client qui ne doit en rien la ressentir.

Ultima Genève

Je pense qu’Ultima Collection a été, dans cette optique, aussi extrêmement novatrice, c’est-à-dire en ne proposant pas aux candidats un seul métier fait de tâches figées. Or, il me semble que le monde de l’hôtellerie, et du luxe en général, se dirige de plus en plus vers ce type de profils, très polyvalents.

V.J. – Cette vision des profils recherchés, était-elle, dès le départ, une volonté d’Ultima Collection ?

J. – F. C. – Pour être honnête, cela n’était pas réellement notre intention, du moins pas formulée. Je viens, moi-même, de l’hôtellerie cinq étoiles classique, je me suis donc vite rendu compte que ses modèles ne pouvaient être décalqués sur ceux de la résidence privée. Nous ne pouvons organiser nos adresses en fonction d’une hiérarchie stricte reposant sur des cadres et leurs équipes.

Ceci vient, avant tout, du fait que l’expérience client, et aussi collaborateur, est très différente. Nos collaborateurs vivent au quotidien avec nos hôtes, ils connaissent une grande proximité avec eux. Ce sont nos clients qui fixent ce qu’ils souhaitent à l’heure où ils le souhaitent. Ils ne sont en aucun cas soumis à aucune règle ou horaire de service d’un hôtel. C’est pour cette raison que nous nous intéressons plus aux profils hybrides multi talents. Par exemple, à Genève, nous avons un butler qui était auparavant cuisinier, et qui possède donc une grande aisance à passer de l’une à l’autre fonction suivant la demande du client.

Ultima Courchevel

V. J. - Quelle est l’atmosphère qui règne sur la reprise dans les adresses Ultima Collection ?

J. – F. C. – Nous sommes très optimistes ! La saison prochaine à Gstaad connaît déjà un fort taux de réservations. Nous prévoyons toujours l’ouverture, pour la saison 2021-2022, de Courchevel, sans rien changer au projet de départ. De même, celle de Cannes en 2022. Ensuite, nos développements urbains restent d’actualité. Par ailleurs, deux nouvelles destinations ouvriront en Suisse alémanique en 2022 et 2023.

La direction garde la même dynamique, car nous savons que le modèle qu’offrent les adresses d’Ultima Collection sera de plus en plus recherché par la clientèle internationale. Bien que nous ayons dû revoir l’organisation et la structure de nos équipes, aucun changement de cap n’est prévu pour nous. Nous pouvons même dire que nous sommes en plein boom !

Ultima Collection