Interview

Séverine Maisonneuve, Directrice de la Villa Maïa : l’hôtellerie comme engagement, l’humain comme signature

Séverine Maisonneuve connaît l’hôtellerie de luxe pour l’avoir vécue au plus près du terrain, à travers des parcours exigeants où l’écoute, l’observation et le sens du détail occupent une place centrale. Aujourd’hui à la tête de la Villa Maïa, elle incarne une vision sensible et engagée de l’hospitalité, portée par une passion profonde pour l’artisanat, le service et les émotions justes. Ce qui guide son parcours, c’est la conviction que le luxe se construit avant tout dans la relation humaine, la transmission et la capacité à rassembler. À travers son management, elle défend une approche fondée sur la sérénité, la complémentarité et le respect du collectif, faisant de la Villa Maïa un lieu où l’excellence s’exprime avec élégance et sincérité."

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Bonjour Séverine ! Pouvez-vous nous dire ce qui vous a attirée dans le domaine de l’hôtellerie de luxe et quel a été le point de départ de votre passion ?

Bonjour ! D’aussi loin que je me souvienne, jeune fille déjà, je courrais chez Hermès m’acheter un savon dès que j’avais 10 francs en poche… je crois que j’ai toujours eu une grande sensibilité pour le luxe et la notion d’artisanat qui y est liée. Mon premier salaire a été dépensé Place de l’Opéra, à Paris.
Savoir qu’une personne a passé du temps à imaginer, façonner un objet me fascine. L’hôtellerie de luxe rassemble ces différentes étapes : nous créons des instants avant, pendant et après.


Au fil de votre carrière, vous avez occupé des rôles clés, d'assistante de direction à chargée de mission auprès de la direction générale qui vous ont certainement offerts une vision unique de toutes les exigences de la Direction hôtelière. Comment ces expériences ont-elles façonné votre vision du management et influencent-elles votre approche de la gestion ?


J’ai effectivement occupé différents postes mais aussi dans différents métiers comme la presse. J’ai passé beaucoup de temps à écouter, observer et mes fonctions m’ont appris le management transversal. Il s’agissait la plupart du temps de savoir demander à des managers de suivre les consignes de la direction générale sans avoir le moindre rapport de hiérarchie avec eux. Cela requiert de l’habileté et de la persévérance. J’ai aussi appris à manager mes propres managers. Au fil du temps, il me semble que ces expériences m’ont permis d’assumer mon leadership et d’entrevoir une forme de management différente de celle que j’avais vécue.
 
 
La Villa Maïa est un chef-d'œuvre architectural, avec des détails signés par des grands noms comme Jean-Michel Wilmotte, Jacques Grange et Louis Benech. Comment réussissez-vous à allier cet héritage exceptionnel tout en répondant aux attentes modernes des clients d’un hôtel de luxe ?
C’est à la fois un honneur et un challenge. Lorsque vous avez la chance de vivre au quotidien dans une maison signée par de grands noms, il faut respecter le lieu mais aussi savoir le faire évoluer avec les attentes des clients et de l’équipe. C’est toute la beauté du geste : respecter les lignes architecturales tout en les challengeant avec la vraie vie !
 


Selon vous, qu’est-ce qui distingue véritablement cet hôtel des autres établissements de luxe ?


Sans la moindre hésitation : la sérénité et la confidentialité du lieu ; qui en ont fait, notamment, la résidence préférée des artistes qui viennent se produire à Lyon.
 


Si vous deviez choisir un aspect particulier de votre gestion qui vous rend particulièrement fière, quel serait-il ? Et comment cette approche impacte-t-elle concrètement l’expérience de vos hôtes ?


Rassembler des personnes qui ne se ressemblent pas serait mon crédo.
L’hôtellerie tire sa grande richesse de cette pluralité d’origines, de compétences tellement hétéroclites. Le lobby d’un hôtel est un lieu unique où se côtoient des personnes qui sont différentes et parfois même totalement opposées : géographiquement, idéologiquement, politiquement…le monde se rencontre dans un hôtel. Après une journée de travail, de loisirs, loin de sa famille… à la tombée de la nuit, on « rentre » à l’hôtel comme on rentre à la maison.


Même chose pour les équipes. Lorsque vous embrassez une carrière dans l’hôtellerie, vous partez loin de de votre famille parfois et vos collègues peuvent devenir un soutien. Les échanges que nous avons avec nos clients ressemblent parfois à un grand déjeuner de cousins éloignés. Ce matin encore, un grand réalisateur mexicain, vivant aux Etats- Unis, a quitté la maison non sans avoir eu le plaisir d’échanger quelques mots dans sa langue natale avec notre voiturier bagagiste. C’est dans ces moments précieux où seul l’humain compte que la magie opère. C’est ce qui m’anime et me rend fière !
 


En tant que femme à la tête d’un hôtel 5 étoiles, comment avez-vous vécu votre ascension et quel message souhaitez-vous transmettre aux jeunes femmes aspirant à des rôles de leadership dans l’hôtellerie de luxe ?


Le mot oser prédomine dans tous les réponses à ce type de question. Force est de constater qu’il est parfaitement choisi.
Je réalise que confiance rime avec expérience et c’est dommage. Il faut apprendre à se faire confiance au début de sa vie. Nous avons un grand rôle à jouer pour soutenir les jeunes femmes, ne jamais les laisser croire que leur ambition est déplacée. J’ai grandi dans un monde où le plus grand ennemi de la femme était la femme. Pour obtenir le pouvoir elles devaient abandonner toute féminité, aujourd’hui on dirait sororité. Heureusement je crois que cette période est derrière nous et les femmes de ma génération, qui avons vu nos mères se battre, avons compris que nous devions nous soutenir et aider les jeunes femmes à prendre leur place avec détermination et en collaboration avec les hommes. Je répète souvent que je ne crois pas l’égalité mais à la complémentarité.

 
Pour terminer sur une note personnelle, si vous étiez...

  • Une saveur : la subtilité de la fleur d’oranger
  • Une musique : Mozart: Concerto pour clarinette, K. 622: II (Adagio) et le Confutatis magnifique de son Requiem. Selon l’humeur du jour ! Sans oublier Etienne Daho qui n’est jamais loin de moi
  • Une saison de l’année : le début de l’été
  • Une destination de rêve : l’Océan Indien
     

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