Dans cet interview, elle partage avec lucidité les grandes étapes de son parcours, les clés de son évolution vers un leadership affirmé, ainsi que sa vision d’une hospitalité en pleine transformation, plus humaine, personnalisée et porteuse de sens.
Bonjour Charline ! Pour débuter, pourriez-vous nous retracer les grandes étapes de votre parcours et les expériences clés qui ont façonné votre trajectoire jusqu’à vos fonctions actuelles ?
J’ai débuté ma carrière au sein du groupe Accor, d’abord en tant qu’attachée commerciale chez Sofitel puis comme responsable Grands comptes pour l’ensemble des hôtels.
Je me suis ensuite orientée vers la distribution hôtelière en rejoignant HRS pendant 4 ans, à une période charnière marquée par l’émergence des OTA.
J’ai enfin rejoint l’aventure Lavorel Hotels en 2015.
Votre évolution de Directrice des Ventes à Directrice Générale marque une véritable évolution de posture. Quelles compétences ou prises de conscience ont été déterminantes pour franchir ce cap ?
L’évolution n’a pas été évidente pour moi, mais la confiance de mon président a été un véritable levier dans cette transition.
Au niveau des compétences, il est essentiel d’accepter qu’on ne puisse pas tout maitriser.Savoir s’entourer des bonnes personnes, avec des expertises complémentaires aux siennes, est clé pour atteindre ses objectifs.
Je pense que mon leadership naturel, nourri par mon parcours commercial, m’a aidé à fédérer les équipes autour d’un projet commun.
LAVOREL HOTELS s’est fortement développé grâce à une stratégie d’acquisitions : comment parvenez-vous à préserver la cohérence de la marque et des cultures au sein du groupe dans ce contexte de croissance rapide ?
La croissance par acquisition est une formidable opportunité, mais elle impose en effet une vigilance constante sur la cohérence du groupe. Chez Lavorel Hotels, nous abordons ce sujet autour de trois piliers clés.
D’abord, une vision et des valeurs très claires, partagées dès l’intégration de chaque établissement. Nous ne cherchons pas à uniformiser à tout prix, mais à fédérer autour d’un socle commun : l’exigence de qualité, l’ancrage local et le sens du service.
Ensuite, un travail d’intégration sur mesure. Chaque hôtel a son histoire, son identité, ses équipes. Nous prenons le temps de comprendre cette singularité pour la préserver, tout en l’inscrivant dans la dynamique du groupe. C’est cet équilibre entre respect des ADN existants et structuration progressive qui fait notre force.
Enfin, l’humain est au cœur du dispositif. Nous investissons beaucoup dans l’accompagnement des équipes et le développement des talents. Ce sont eux qui incarnent la culture Lavorel Hotels au quotidien.
Notre ambition n’est pas de créer un groupe standardisé, mais un collectif cohérent, riche de ses diversités, avec une signature commune reconnaissable.
À la lumière de votre parcours et de vos responsabilités, comment percevez-vous l’évolution de l’hospitalité et du luxe, et quels en seront selon vous les nouveaux piliers ?
L’hospitalité, et plus encore le luxe, vivent aujourd’hui une transformation profonde. On est passé d’une logique de standards à une logique d’expériences, puis désormais à une logique d’émotions et de sens. L’expérience prend clairement le dessus : le client ne vient plus seulement chercher un service, mais un moment à vivre.
À mes yeux, plusieurs piliers structurent déjà cette nouvelle ère.
D’abord, l’ultra-personnalisation. Le luxe ne se définit plus uniquement par des codes visibles, mais par la capacité à comprendre finement chaque client, à anticiper ses attentes et à créer une expérience presque sur-mesure, fluide et surtout sincère. Avec cette idée clé de faire sentir au client qu’il est “comme à la maison”, tout en vivant quelque chose d’unique.
Ensuite, l’authenticité. Les clients recherchent des lieux qui ont une âme, une histoire, un ancrage local fort. C’est aussi ce qui nourrit un luxe plus décomplexé, moins codifié, plus spontané dans sa manière de se vivre.
Troisième pilier : l’engagement. Qu’il soit environnemental, sociétal ou territorial, il devient incontournable. Les clients, comme les talents, attendent des marques qu’elles aient une vision et un impact positif.
Enfin, l’humain reste central. La technologie enrichit l’expérience, mais elle ne remplacera jamais l’attention, l’intuition et l’émotion portées par les équipes. C’est là que se joue la différence.
Chez Lavorel Hotels, nous sommes convaincus que l’avenir du luxe réside dans cet équilibre : allier excellence opérationnelle, singularité des lieux et profondeur humaine.
Être distinguée parmi les femmes Forbes en 2025 est une reconnaissance forte : qu’a-t-elle apporté à votre parcours et à votre manière d’incarner votre rôle de Directrice Générale ?
C’est une reconnaissance qui m’honore, bien sûr, mais que je perçois avant tout comme une responsabilité. Être distinguée parmi les femmes Forbes, c’est aussi porter une voix et, d’une certaine manière, ouvrir le champ des possibles.
Elle ne change pas fondamentalement ma manière de travailler, mais elle renforce ma conviction qu’il est essentiel d’incarner son rôle avec authenticité. Être Directrice Générale aujourd’hui, ce n’est pas seulement piloter une performance, c’est donner du sens, créer de la confiance et embarquer les équipes.
Cette distinction m’encourage aussi à assumer pleinement un leadership qui me ressemble, peut-être plus direct, plus humain, et attentif à l’équilibre entre exigence et bienveillance.
Enfin, elle me rappelle l’importance de la transmission et de l’exemplarité. Si cette reconnaissance peut inspirer d’autres femmes à oser, à prendre leur place, alors elle prend tout son sens.
Selon vous, quels sont aujourd’hui les principaux freins auxquels font face les femmes qui aspirent à diriger ou entreprendre, et à titre personnel, quels défis avez-vous vous-même rencontrés dans votre parcours ?
Je pense qu’il existe encore des freins structurels, bien sûr, mais que les premiers freins sont souvent ceux que les femmes s’imposent à elles-mêmes, parfois par manque de projection ou de légitimité.
Le défi majeur reste celui de l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle. À titre personnel, j’ai moi-même été confrontée à ces enjeux d’équilibre, avec cette nécessité de concilier responsabilités professionnelles et vie de famille, sans renoncer ni à l’un ni à l’autre. Cela demande des arbitrages, de la clarté dans ses priorités, et une forme d’acceptation que tout ne soit pas parfait en permanence.
Avec le recul, je suis convaincue que l’un des leviers clés reste l’entourage. Savoir bien s’entourer, aussi bien sur le plan personnel que professionnel, est essentiel pour avancer sereinement et prendre pleinement sa place.
En tant que dirigeante, comment décririez-vous votre philosophie de management pour concilier exigence, innovation et créativité au sein de vos équipes ?
J’aime partager avec l’ensemble des équipes et demander leur avis, cela me nourrit et nourrit également la créativité dans l’entreprise. C’est important que chaque collaborateur puisse apporter sa pierre à l’édifice. L’exigence est importante dans notre métier de service et à fortiori dans l’hôtellerie haut de gamme. Je dis toujours aux collaborateurs que ce n’est pas l’entreprise qui les rémunère mais le client. A ce titre, nous devons assurer un serviced’exception car les clients attendent cette exigence.
Ma philosophie de management repose sur l’écoute et le collectif. J’aime échanger avec les équipes, recueillir leurs avis et leurs idées, car cela nourrit à la fois la créativité et l’innovation. Il est essentiel que chacun puisse se sentir impliqué et contribuer.
Dans le même temps, l’exigence reste un pilier fort, surtout dans l’hôtellerie haut de gamme. Je rappelle souvent aux collaborateurs que c’est le client qui nous fait vivre et non l’entreprise, ce qui implique un niveau de service irréprochable.
C’est dans cet équilibre entre écoute, responsabilisation et exigence que naissent la créativité et des expériences réellement différenciantes.
Portrait chinois :
- Si vous étiez une fleur : La pivoine
- Si vous étiez un rituel du quotidien : la musique au réveil
- Si vous étiez une destination : La Grèce
- Si vous étiez un mantra : La Force