Entrevista

Franck X. Arnold à la tête du The Savoy : au service d’un héritage d’exception et de la perpétuation d’une légende du luxe hôtelier mondial

Franck X. Arnold évolue dans l'hôtellerie de luxe internationale avec une autorité rare, forgée par quarante ans d'un parcours aussi rigoureux qu'atypique. Aujourd'hui Managing Director du Savoy à Londres, icône de 136 ans d'histoire et l'une des adresses les plus légendaires du luxe mondial, il incarne un leadership ancré dans la discipline, l'exigence du détail et une profonde conviction : l'excellence ne s'improvise pas, elle se cultive, jour après jour, avec passion. Dans cet entretien, il revient sur les étapes fondatrices d'un parcours hors normes, partage sa vision d'un luxe en constante réinvention entre héritage et modernité, et dévoile sa conception d'une hospitalité d'exception : humaine dans son essence, audacieuse dans son ambition, et portée par des équipes qui ne servent pas, ils créent des légendes.
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1.Bonjour Franck ! Pour débuter, pourriez-vous revenir sur les grandes étapes de votre parcours, et notamment sur ce moment décisif qui vous a orienté vers l’hôtellerie de luxe ?

En seconde je devais faire sport-études de handball, mais je n'ai pas été admis – capacités physiques limitées pour devenir professionnel. J’étais désœuvré. Un jour, je rencontre mon vieux copain Philippe qui partait pour l'école hôtelière de Strasbourg. « J’apprends a cuisiner, à servir, je vais voyager. » Eurêka ! J'aimais cuisiner avec ma maman et l'anglais était ma langue étrangère préférée – la langue du rock'n'roll. Je me suis dit : « Je vais faire l’école hôtelière et voyager a travers le monde. ». Je suis rentré à l'école hôtelière dans le plus petit programme – un BEP – parce que mes résultats n'étaient pas au niveau. Mais là, révélation : j'aimais tout et j’ai excellé. On m'a donné la possibilité de continuer les études – bac technique, BTS, troisième cycle à l'IMHI Cornell-ESSEC, puis plus tard un MBA au Henley Management College au Royaume-Uni. Je devais devenir cuisinier mais j’ai bifurquée et j’ai emprunté la voie du management. Ma première expérience du luxe a eu lieu dans un restaurant étoilé a Strasbourg, et lors de vacances avec mes parents de rester ébahi devant la beauté du Carlton à Cannes, puis mon premier stage d’école à l’Hermitage à La Baule – où les Parisiens aisés venaient passer l’été. Le théâtre, le glamour, la gastronomie, l’esthétisme, le détail, l’histoire et la vie dans ces palaces me fascinait. Le directeur un personnage emblématique, élégant, inatteignable. Pas celui que j’allais devenir mais celui qui allait inspirer mon parcours.

2. Vous avez été formé à la fois à l'administration hôtelière à Cornell-ESSEC, au management à Henley et même aux arts culinaires à Strasbourg. Comment cette triple culture (technique, académique et managériale) influence-t-elle concrètement votre façon de diriger un palace comme le Savoy ?

L’enseignement technique reçu à l’école hôtelière de Strasbourg ainsi que mes stages pratiques effectués durant ces années formatives me servent encore aujourd’hui. Cela reste la colonne vertébrale de mon style de leadership, ancré dans la discipline, les relations humaines, les détails, et l’attitude nécessaire à l’hôtellerie haut de gamme. La poursuite d’un enseignement commercial m’a donné la chance d’approfondir mes connaissances théoriques de gestion, en finance, en marketing, en ressources humaines etc…et de me préparer à comprendre les facettes non-opérationnelles mais oh combien nécessaires du métier d’hôtelier. Mais tout cela n’est rien sans la pratique, les embuches, les chutes et les apprentissages pratiques du quotidien. Comme on dit communément en anglais : Practice makes perfect, même si la perfection reste inatteignable, c’est le chemin qui compte.

3. Vous avez déclaré que diriger The Savoy, c'est être "le gardien d'une identité bien plus importante que soi-même". Comment conciliez-vous ce devoir de fidélité à un héritage de 136 ans avec la nécessité d'innover pour rester en phase avec les attentes d'une clientèle contemporaine ?

Cesar Ritz, avec le soutien d’Auguste Escoffier, a lancé le Savoy pour le compte du propriétaire Richard D’Oyly Carte avant de se lancer dans la création et la renommée de ses hôtels éponymes. De nombreux hôteliers de renom se sont ainsi succédés pour en assurer l’héritage et l’avenir. Les directeurs passent mais le Savoy reste. En attendant, il m’incombe, a moi et à mes équipes, de perpétrer cet héritage et à continuellement se remettre en question pour rester pertinents dans un marché tous les jours plus compétitif et de proposer un service irréprochable mais différencié.

4. Rouvrir The Savoy en septembre 2020, en pleine pandémie mondiale, était un pari audacieux. Avec le recul, qu'est-ce-que cette expérience vous a appris sur vous-même ?

Malgré les embuches et les tempêtes il faut essayer de garder la tête froide, résilient, rester focalisé sur la mission en s’entourant de talents partageant des ambitions communes, être créatif dans l’adversité et surtout garder le plaisir de faire son métier !

5. Dans l’hôtellerie de luxe, l’expérience repose sur le détail et l’émotion : comment crée-t-on aujourd’hui des expériences véritablement mémorables et différenciantes selon vous ?

Il faut avoir une idée claire de la destination avec passion, de partager la mission et de convaincre les dirigeants et les investisseurs, et d’inspirer incessamment les employés en les responsabilisant et en reconnaissant leurs contributions. Les détails et les émotions se créent quand les conditions précédentes sont réunies et constamment répétés.

6. Vous avez évoqué l’intégration de l’intelligence artificielle dans l’hospitalité : comment trouver le juste équilibre entre innovation technologique et maintien de l’essence humaine du service ?

Nous nous devons d’innover et d’améliorer nos process pour plus de productivité et donc d’intégrer l’IA, mais l’essence même de la valeur ajoutée dans l’hôtellerie de luxe restera toujours le service, humain dans toute sa sophistication et toutes ses imperfections. Il faudra donc s’en servir, sans jamais négliger et continuer à cultiver le capital le plus important de notre métier, ces chers êtres humains.

7. Avec quarante ans de carrière dans l'hôtellerie de luxe, quelle est la leçon la plus marquante que ce secteur vous a apprise, tant sur le plan professionnel que personnel ?

Être curieux, prendre des risques, se laisser surprendre, tomber et se relever pour rester pertinent. Aimez ce que vous faites avec passion ou changez de métier. La vie est trop courte pour s’ennuyer

8. Portrait chinois :

• Si vous étiez une épice emblématique de la haute gastronomie : Les poivres

• Si vous étiez une chanson : Ain’t no Mountain High Enough, Marvin Gay, Tammi Terrell

• Si vous étiez une ville : Londres

• Si vous étiez un livre : L’insoutenable légèreté de l’être, Milan Kundera

• Si vous étiez un mantra de leadership (de John C Maxwell, traduit de l’anglais : Un leader connait le chemin, le parcourt et le montre (a leader knows the way, goes the way and shows the way).

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