Interview

Emilie d’Orval: De l’humain à l’excellence opérationnelle, un parcours au cœur des ressources humaines dans l’hôtellerie et la restauration de luxe

Pour Émilie d'Orval, Directrice des Ressources Humaines chez Gardinier, les RH ne se pensent jamais à distance des équipes. Forgée par onze années au Ritz Paris et l'accompagnement d'une forte croissance au sein du Groupe Bourdoncle, elle défend une conviction simple : l'excellence opérationnelle ne peut exister sans émotion ni plaisir de faire plaisir. De la fidélisation des talents à la place grandissante du bien-être au travail, elle partage avec nous une vision des ressources humaines où authenticité, exigence et attention sincère portée aux personnes restent indissociables.
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Votre parcours s’est construit au sein de maisons prestigieuses de l’hôtellerie et de la restauration. Avec le recul, quelles ont été les étapes clés qui vous ont menée jusqu’à votre poste actuel de Directrice des Ressources Humaines chez GARDINIER ?

Trois grandes étapes ont profondément marqué mon parcours.

La première remonte au Domaine de Divonne, près de Genève, où j’ai découvert l’univers de l’hôtellerie-restauration de luxe. J’y ai rencontré un Directeur des Ressources Humaines exigeant, passionné et très engagé dans le développement des équipes. À ses côtés, j’ai compris très tôt l’importance du terrain : aller à la rencontre des collaborateurs, écouter leurs réalités et construire des projets RH utiles, cohérents et concrets.

Ensuite, le Ritz Paris a représenté une expérience fondatrice. J’y ai passé onze années extrêmement riches, portées par une culture de l’excellence rare, une passion collective pour le service et une attention absolue au détail. J’y ai appris que, dans nos métiers, l’excellence opérationnelle ne peut exister sans émotion ni plaisir de faire plaisir. La gestion de la fermeture puis de la réouverture du Ritz a également constitué une étape déterminante dans ma carrière, en renforçant ma confiance et mon envie de prendre davantage de responsabilités.

Enfin, mon expérience au sein du Groupe Bourdoncle m’a permis d’aborder une autre dimension des RH : celle de la structuration et de l’accompagnement d’une forte croissance. En cinq ans, le groupe a doublé de taille pour atteindre 32 établissements et plus de 1 000 collaborateurs. Ce fut une aventure intense, au cours de laquelle j’ai pu construire, avec les équipes opérationnelles, une véritable politique RH à l’échelle du groupe.

Vous avez évolué dans des environnements exigeants comme le Ritz Paris, B Signature Hotels & Resorts ou encore le Groupe Bourdoncle. Quelles sont les valeurs et les enseignements qui sont restés constants tout au long de votre parcours ?

L’engagement, la loyauté et le collectif.

J’ai toujours considéré que les ressources humaines ne pouvaient pas se penser à distance des équipes. Être présent sur le terrain est indispensable pour comprendre les enjeux, accompagner les collaborateurs et construire des projets adaptés.

J’ai également appris qu’aucune transformation ne peut réussir sans adhésion. Il faut savoir embarquer, convaincre, expliquer et donner du sens. Cela demande de l’équité, du courage, de l’énergie et beaucoup d’authenticité.

Le respect, l’intégrité et l’éthique ont toujours été mes lignes directrices. Et je reste convaincue qu’un sourire, une attention sincère ou le bon mot au bon moment peuvent parfois avoir autant d’impact qu’un grand discours.

Les ressources humaines occupent aujourd’hui un rôle central dans les métiers de l’hospitalité. Comment définiriez-vous votre vision des RH dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration de luxe ?

Les ressources humaines occupent aujourd’hui une place centrale dans nos métiers, et il était temps.

Nous évoluons dans des univers où l’on demande aux collaborateurs d’offrir de l’attention, de l’émotion et du plaisir aux clients. Cela suppose, en retour, de prendre réellement soin des équipes. Pas de manière artificielle ou superficielle, mais avec cohérence et sincérité.

Je crois beaucoup à l’authenticité. Les collaborateurs perçoivent immédiatement lorsqu’une promesse employeur ne correspond pas à la réalité du terrain. Les discours ne suffisent plus ; il faut des actes.

Le bien-être au travail ne doit pas devenir un slogan vide de sens. Nos métiers restent exigeants, mais ils doivent pouvoir s’exercer dans des conditions respectueuses, stimulantes et humaines. Pour moi, la clé réside dans l’équilibre : être exigeant sans perdre l’attention portée aux personnes.

Entre attractivité des métiers, fidélisation des talents et évolution des attentes des collaborateurs, quels sont selon vous les plus grands défis RH auxquels le secteur doit faire face aujourd’hui ?

Les défis sont immenses — et c’est précisément ce qui rend ce secteur passionnant.

L’hôtellerie-restauration connaît aujourd’hui une transformation profonde : évolution des attentes des collaborateurs, nouvelles aspirations des jeunes générations, recherche de sens, fidélisation des talents… Nous assistons à un véritable choc culturel entre différentes visions du travail.

Les entreprises doivent désormais investir sincèrement dans leurs politiques RH. Beaucoup affichent cette ambition, mais les arbitrages budgétaires révèlent parfois certaines limites. Or, la base reste simple : respecter les collaborateurs.

Ensuite, il faut savoir donner de la visibilité, accompagner les évolutions de carrière et détecter les potentiels. Notre secteur est exceptionnel pour cela : il permet de faire grandir les talents, de révéler des parcours et de créer des trajectoires humaines très fortes.

Je crois également beaucoup à la notion de “bonne personne au bon endroit”. Les RH doivent parfois accepter qu’un départ puisse aussi devenir une opportunité de reconstruction et d’évolution, pour l’entreprise comme pour le collaborateur.

En tant que Directrice des Ressources Humaines, vous incarnez à la fois l’exigence opérationnelle et le leadership humain. Quelle est votre philosophie de management au quotidien ?

Manager, c’est avant tout être exemplaire et donner envie.

Cela demande aussi beaucoup de courage, d’énergie et de patience.

Il est indispensable de comprendre comment son équipe fonctionne et d’identifier les talents de chacun. Il ne faut pas avoir peur de dire les choses même si elles ne sont pas toujours faciles à dire (en faisant attention à la forme on peut tout dire).

J’ai toujours pensé que l’envie de venir travailler naît beaucoup de l’énergie insufflée par son manager. Un leader doit créer du mouvement, porter des projets, fixer des objectifs, donner une direction et transmettre de l’enthousiasme.

Même dans des métiers exigeants, il est essentiel de conserver de la joie, du recul et du plaisir dans ce que l’on construit collectivement. L’exigence n’exclut jamais l’humanité.

Avec le recul sur votre carrière, quelle est la leçon la plus marquante que les ressources humaines vous ont apprise, aussi bien sur le plan professionnel que personnel ?

Probablement la nécessité de rester profondément authentique et de toujours oser.

Au cours de ma carrière, j’ai été confrontée, comme beaucoup de femmes, à des remarques liées à mon statut de mère. Ce sont des expériences qui marquent et qui rappellent combien certains sujets d’égalité restent encore très présents dans le monde du travail..

Cela m’a appris à ne jamais renoncer, à être force de proposition, à défendre mes convictions et à continuer d’avancer avec détermination.

En tant que Directrice des Ressources Humaines et encore plus dans un groupe familial,, il est essentiel pour moi d’incarner l’actionnaire pour lequel je travaille. A partir du moment où je ne suis plus capable de l’incarner à 100%, je considère que je ne suis plus en mesure de travailler pour lui.

Les ressources humaines m’ont aussi appris l’importance de l’écoute, du dialogue et du partage. Rien de durable ne se construit sans cela.

Portrait chinois:

● Si vous étiez un plat :

Un plat convivial à partager, peut être un grand plat italien généreux avec du caractère.

● Si vous étiez un livre :

J’apprécie les romans « un peu » sordides et je crains vous faire peur en répondant à cette question.

● Si vous étiez une destination :

La Normandie, mon pays de cœur, mes origines

● Si vous étiez une saison :

Le printemps car j’adore voir la nature éclore

● Si vous étiez un mantra :

Ne t’en fais pas la vie est belle ! en chantonnant évidemment

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