Dans cette interview, Annaïk revient sur les expériences qui ont façonné sa vision de l’accompagnement, son regard sur les transformations professionnelles et les clés qu’elle aimerait transmettre à celles et ceux qui construisent aujourd’hui leur carrière dans l’hôtellerie et les métiers de l’excellence.
Lorsque vous repensez à votre parcours, y a-t-il une rencontre, une expérience ou un moment qui vous a fait comprendre que vous vouliez consacrer votre carrière à faire grandir les autres ?
Je pense que le véritable déclic s’est produit lors de ma toute première expérience en Ressources Humaines, au Sofitel Scribe. J’y ai découvert les coulisses de l’hôtellerie et, surtout, une autre façon de regarder l’entreprise : j’ai compris que les collaborateurs étaient, eux aussi, nos clients.
Cette prise de conscience a été fondatrice. Derrière chaque fonction, chaque parcours et chaque problématique RH, il y avait avant tout une personne, avec ses talents, ses aspirations et ses besoins d’accompagnement. La richesse et la diversité des missions RH m’ont alors donné envie de contribuer au développement des collaborateurs, de les accompagner dans leur parcours et de les aider à révéler leur potentiel.
Avec le recul, je crois que c’est à ce moment-là qu’est née cette envie, qui ne m’a plus quittée depuis : faire grandir les autres.
Parmi toutes les personnes que vous avez croisées dans votre carrière, y en a-t-il une qui a changé durablement votre manière de voir les ressources humaines ou le management ? Pourquoi ?
Sans hésiter, je pense à Jean-Gabriel Arnould, alors DRH du Plaza Athénée, qui m’a recrutée au poste de Responsable Formation.
Il a été bien plus qu’un manager : un véritable mentor. Il m’a accordé sa confiance, parfois avant même que je l’aie pleinement en moi-même, et m’a encouragée à sortir de ma zone de confort, à prendre des initiatives et surtout à oser.
Cette confiance a profondément marqué ma manière d’envisager les Ressources Humaines et le management. J’ai compris qu’un bon manager ne se contente pas de transmettre son expertise : il crée les conditions pour que les autres prennent confiance, développent leur potentiel et osent à leur tour.
C’est une approche que je garde encore aujourd’hui dans ma manière d’accompagner les personnes et de faire grandir les talents.
La réouverture du Lutetia ou l'ouverture du Grand Contrôle ont été des aventures humaines hors normes. Y a-t-il un moment dont vous vous souvenez encore aujourd'hui, où vous vous êtes dit : "C'est pour cela que j'aime ce métier" ?
Je crois que ce qui me plaît le plus dans les ouvertures et les réouvertures, c’est justement de voir quelque chose se construire, puis prendre vie.
Je me souviens encore de certaines journées sur les chantiers, en EPI, avec les bottes et le casque, alors que l’hôtel était encore loin de ressembler à ce qu’il allait devenir. Puis viennent les recrutements, les formations, la constitution des équipes, les derniers préparatifs… et enfin le grand jour, lorsque les premières portes s’ouvrent.
Ce que j’aime particulièrement, c’est cette évolution et cette incroyable polyvalence : passer du chantier aux ressources humaines, du recrutement à la formation, de la préparation opérationnelle à l’accompagnement des équipes sur le terrain.
Et surtout, vivre cette aventure avec les collaborateurs. Voir une équipe se créer, grandir et finalement donner vie à un établissement, c’est un moment très fort. C’est probablement dans ces moments-là que je me suis le plus dit : « C’est pour cela que j’aime ce métier.
Qu'est-ce que cette expérience vous a appris sur le rôle des RH dans une transformation ?
Cette expérience m’a surtout appris que les RH sont au cœur de la transformation. Une transformation ne peut pas se faire seul, ni uniquement depuis la Direction.
Les RH ont justement ce rôle de trait d’union : travailler avec les équipes de Direction pour traduire la stratégie, mais aussi et surtout avec l’ensemble des collaborateurs pour la faire vivre concrètement sur le terrain.
Et il faut aller encore plus loin : une entreprise évolue dans une société qui évolue elle aussi. Les attentes des collaborateurs, les nouvelles générations, les modes de travail, les enjeux sociétaux… tout cela doit être pris en compte.
C’est ce qui rend les transformations RH si complexes, mais aussi si passionnantes. Il faut avoir une vision stratégique tout en restant très proche du terrain et de l’humain. Pour moi, c’est précisément là que se trouve toute la valeur ajoutée des RH.
À quel moment avez-vous senti qu'il était temps d'écrire un nouveau chapitre de votre carrière ? Était-ce une évidence ou une décision difficile ?
La prise de conscience s’est faite à mon retour de Guadeloupe. J’avais envie d’autre chose, mais je ne voulais pas pour autant tourner la page de tout ce que j’avais construit jusque-là.
Le coaching est finalement apparu comme une évidence, presque comme la suite logique de mon parcours. Au fil des années, j’avais déjà beaucoup accompagné les dirigeants, les managers et les collaborateurs dans leur évolution, parfois de manière très intuitive, avec un réel intérêt pour le développement personnel. Me former au coaching, c’était finalement ajouter une corde à mon arc et donner un cadre à quelque chose que je faisais déjà naturellement.
En revanche, prendre la décision de se lancer n’a pas été si simple. Il y a forcément des interrogations, des craintes et la nécessité de rester pragmatique. J’ai donc cherché à construire un projet cohérent, qui s’appuie sur mon expérience et mes compétences : le coaching, mais aussi le conseil RH.
Je ne dirais donc pas que j’ai changé complètement de voie. J’ai plutôt choisi de faire évoluer mon parcours, en donnant davantage de place à ce qui m’a toujours animée : accompagner les personnes et les organisations dans leurs évolutions.
En repensant aux centaines de collaborateurs que vous avez accompagnés, existe-t-il une réussite dont vous êtes particulièrement fière ? Qu'est-ce que cette personne vous a appris, à vous ?
Je pense à plusieurs stagiaires que j’ai eu la chance d’accueillir ou de recruter au début de leur parcours et que je vois aujourd’hui évoluer à des postes de managers.
C’est une vraie fierté, et surtout une grande joie. Se dire qu’à un moment de leur parcours, j’ai pu leur faire confiance, leur transmettre quelque chose, les encourager ou simplement leur donner une première opportunité… et les voir quelques années plus tard prendre des responsabilités, c’est extrêmement gratifiant.
Ce qui me touche particulièrement, c’est de constater que l’accompagnement porte parfois ses fruits bien des années après. On ne mesure pas toujours, sur le moment, l’impact que l’on peut avoir sur une personne.
Et finalement, ces personnes m’ont aussi beaucoup appris : elles m’ont rappelé que derrière un CV, un diplôme ou un poste, il y a toujours un potentiel à révéler. Il faut savoir faire confiance, donner sa chance et parfois simplement être la personne qui croit en quelqu’un avant qu’il ne croie lui-même en ses capacités.
C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles l’accompagnement me tient autant à cœur aujourd’hui.
Vous accompagnez aujourd'hui de nombreux étudiants et jeunes diplômés. Quelles sont les questions ou les inquiétudes qui reviennent le plus souvent lorsqu'ils vous parlent de leur avenir ? Que leur répondez-vous le plus souvent ?
J’accompagne effectivement les jeunes dans le cadre du coaching scolaire, mais je ne parlerais pas forcément d’inquiétudes récurrentes. Chaque accompagnement est unique, parce que chaque jeune a son histoire, sa personnalité et ses propres questionnements.
Je les accompagne principalement sur des sujets d’orientation, de posture professionnelle et de confiance en soi. L’un des vrais enjeux, à mes yeux, est de les aider à trouver leur place dans le monde du travail et à faire le lien entre ce qu’ils apprennent à l’école et ce qu’ils vont vivre en entreprise, notamment lors des stages ou de l’apprentissage.
La question de la confiance en soi revient également beaucoup. Apprendre à mieux se connaître, identifier ses forces, oser prendre sa place et se projeter dans l’avenir sont des étapes importantes.
Et finalement, je ne leur donne pas une réponse toute faite sur leur avenir. Je les aide plutôt à trouver leurs propres réponses, à prendre confiance en eux et à construire un projet qui leur ressemble.
Si vous pouviez faire évoluer une seule chose dans l'hôtellerie de luxe pour mieux attirer et fidéliser les talents, laquelle choisiriez-vous ? Pourquoi ?
Je n’ai évidemment pas de baguette magique, mais si je devais faire évoluer une seule chose, ce serait notre manière d’organiser le travail.
Dans l’hôtellerie de luxe, nous sommes parfois encore trop rigides, avec des habitudes et des modes de fonctionnement qui existent depuis des années, sans toujours être remis en question. Or, les attentes des talents ont évolué.
Je crois qu’il faut oser bousculer certains codes : expérimenter la semaine de quatre jours lorsque l’activité le permet, repenser les plannings, mieux anticiper les besoins pour limiter les heures supplémentaires et donner davantage de visibilité aux équipes sur leur temps de travail.
Cela ne signifie évidemment pas renoncer aux exigences de l’hôtellerie de luxe. Au contraire : il faut trouver de nouvelles façons d’être exigeant avec nos standards tout en étant plus souple dans notre organisation.
Pour moi, attirer et fidéliser les talents passe aussi par cette capacité à leur montrer que l’excellence et la qualité de vie au travail ne sont pas incompatibles.
Y a-t-il une idée reçue que vous entendez encore souvent chez les dirigeants lorsqu'ils parlent d'engagement ou de fidélisation des collaborateurs ? Que leur répondriez-vous aujourd'hui ?
Une idée reçue que je rencontre encore souvent, c’est qu’un très bon opérationnel fera naturellement un bon manager.
On fait évoluer un collaborateur parce qu’il est performant dans son métier, qu’il connaît parfaitement le terrain, qu’il est reconnu par ses équipes… et on pense parfois que le management va s’apprendre « sur le tas ». Or, manager est un métier à part entière.
Passer d’excellent professionnel à manager, c’est changer de posture : apprendre à déléguer, donner du feedback, gérer les situations difficiles, faire grandir ses collaborateurs, accompagner la performance… Ce sont de vraies compétences qui ne s’improvisent pas.
Il faut donc investir dans la formation, mais aussi dans l’accompagnement. C’est d’ailleurs là que le coaching prend tout son sens : permettre à un nouveau manager de prendre du recul, de mieux comprendre sa posture, d’identifier ses points forts et ses axes de développement, et surtout de trouver son propre style de management.
Pour moi, accompagner un manager dans sa prise de fonction, c’est aussi investir dans la fidélisation des équipes. Un manager qui se sent accompagné et qui a les clés pour réussir sera davantage en capacité de créer un environnement dans lequel ses collaborateurs ont envie de rester et de progresser.
Finalement, accompagner le manager, c’est aussi prendre soin de ses équipes.
Avec le recul, quel conseil auriez-vous aimé recevoir lorsque vous avez commencé votre carrière dans les ressources humaines ?
Avec le recul, le conseil que j’aurais aimé recevoir est probablement de toujours prendre de la hauteur et de regarder une situation RH dans sa globalité.
Les RH sont un véritable trait d’union entre la Direction et les collaborateurs. Il faut comprendre les enjeux stratégiques de l’entreprise, entendre les attentes et les réalités du terrain, tout en respectant le cadre légal et social.
Mais j’ai aussi appris qu’il n’existe pas toujours de réponse toute faite. Chaque situation est unique, avec son contexte, son histoire et parfois même une dimension politique qu’on ne perçoit pas forcément lorsque l’on débute.
Il faut donc apprendre à prendre en compte tous ces éléments avant de décider ou de conseiller : le droit, la stratégie de l’entreprise, l’humain, le collectif, le contexte et parfois les rapports de force.
Je dirais finalement aux jeunes RH : ne regardez jamais une situation uniquement sous un seul angle. Prenez le temps de comprendre l’ensemble du contexte. C’est cette capacité à faire le lien entre tous ces éléments qui permet, avec l’expérience, de devenir un véritable partenaire de la Direction tout en restant proche des collaborateurs.
Si une jeune professionnelle lisait cette interview avant son premier jour dans l'hôtellerie, quel message aimeriez-vous qu'elle garde en tête pendant toute sa carrière ?
Je lui dirais avant tout : gardez votre passion et gardez les étoiles dans les yeux.
Peu importe le métier que l’on choisit dans l’hôtellerie, je trouve que ce secteur est, à lui seul, une formidable aventure. Il y a l’humain, le service, les rencontres, les cultures, l’exigence, la créativité… et cette capacité à créer des expériences qui peuvent vraiment marquer les gens.
Au fil des années, on peut changer de métier, de maison, de fonction, prendre des responsabilités ou emprunter de nouveaux chemins. Mais il faut essayer de ne jamais perdre ce qui nous a donné envie d’entrer dans ce secteur au départ.
Parce que je crois que c’est cette passion qui nous permet de continuer à apprendre, à évoluer et à transmettre à notre tour.
Alors, mon conseil serait simple : soyez curieux, osez, construisez votre parcours… mais surtout, gardez toujours cette petite étincelle et ces étoiles dans les yeux.
Au cours de votre parcours, avez-vous traversé une période de doute ou un défi qui vous a profondément transformée ? Comment l'avez-vous dépassé ?
Je crois qu’à chaque nouvelle prise de poste, j’ai ressenti des doutes et des craintes. Chaque fois, il y avait cette petite voix qui se demandait : « Est-ce que je vais être à la hauteur ? Est-ce que je vais réussir ? »
Avec le recul, je réalise pourtant que c’est justement dans ces moments-là que j’ai le plus évolué. Chaque nouveau poste, chaque nouvel environnement, chaque challenge m’a poussée à sortir de ma zone de confort, à me dépasser et surtout à continuer d’apprendre.
Je ne dirais donc pas que j’ai cherché à faire disparaître le doute. J’ai plutôt appris à avancer avec lui. Il me rappelle que je suis en train d’apprendre quelque chose de nouveau et que je vais devoir grandir avec le challenge.
Quand je regarde mon parcours aujourd’hui, je vois finalement une succession de défis qui m’ont permis de devenir la professionnelle que je suis. Et je crois que c’est ce qui continue à m’animer : apprendre, évoluer, me remettre en question et ne jamais considérer que l’on a fini de progresser.
En dehors des titres ou des fonctions, comment aimeriez-vous que les personnes que vous accompagnez parlent de vous dans dix ans ?
Dans dix ans, j’aimerais surtout que les personnes que j’ai accompagnées se souviennent de moi comme d’une personne humaine, chaleureuse et authentique.
Mes équipes ont souvent retenu mon écoute, ma proximité et surtout ma volonté sincère de les accompagner. C’est quelque chose qui compte beaucoup pour moi : être réellement présente, prendre le temps d’écouter, comprendre une situation et aider chacun à trouver ses propres solutions.
C’est d’ailleurs ce qui m’a naturellement amenée vers le coaching. Au-delà des fonctions ou des compétences, j’aime accompagner les personnes dans leurs évolutions, les aider à prendre confiance, à révéler leurs ressources et à trouver leur propre chemin.
Si, dans dix ans, quelqu’un me dit : « Vous m’avez écouté, vous m’avez fait réfléchir et vous m’avez aidé à avancer », je pense que ce sera pour moi la plus belle reconnaissance.