Interview

Arnaud Joly, de la rigueur financière à la direction générale : l'excellence opérationnelle au service du luxe hôtelier

Passé par les plus grandes maisons, du Crillon au Royal Monceau, en passant par le Bristol, Arnaud Joly a construit une carrière singulière dans l'hôtellerie de luxe, guidée par une conviction forte : que la finance, bien maîtrisée, est un levier de performance autant qu'un outil de pilotage humain. Aujourd'hui à la tête du Plaza Nice, il nous livre sa vision d'un luxe sincère, ancré dans l'expérience client et porté par des équipes engagées.

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  1. Bonjour Arnaud ! Pour commencer, comment présenteriez-vous votre parcours à quelqu'un qui ne vous connaît pas encore ?

J’ai un parcours un peu atypique dans l’hôtellerie de luxe, et c’est probablement ce qui fait aujourd’hui ma force.

J’ai commencé ma carrière en pâtisserie avant d’évoluer rapidement sur des postes opérationnels avec un objectif clair ; devenir directeur d’établissement de luxe. J’ai eu la chance d’évoluer dans de très belles maisons comme l’Hôtel de Crillon, le Royal Monceau ou encore le Bristol.

À un moment de ma carrière, j’ai ressenti le besoin de compléter cette vision opérationnelle en découvrant également les fonctions supports. Deux choix s’offraient alors à moi ; les ventes ou la finance. J’ai choisi la finance, et ce département m’a immédiatement passionné.

J’y suis resté plus de dix ans avant de revenir aux opérations. Cette expérience m’a permis d’apprendre ce métier sous un autre angle, notamment au sein du groupe Accor, pour les marques Sofitel ainsi que lors du lancement du premier hôtel Pullman.

Derrière toutes ces maisons et ces expériences, il y a surtout des rencontres humaines. Des personnes qui vous inspirent, vous font évoluer et vous donnent encore davantage envie d’aimer ce métier. Ce fut mon cas avec Philippe Leboeuf, Didier Le Calvez ou encore Gerald Krischek, qui ont été de véritables mentors pour moi, et pour certains, sont devenus des amis.

Ces expériences, à la fois opérationnelles et financières, m’ont énormément appris sur l’exigence, la constance et le sens du détail dans le luxe.

Aujourd’hui, à l’Anantara Plaza Nice, mon objectif est de faire vivre un luxe sincère, moderne et profondément humain.

 

2. Qu'est-ce que ce prisme vous a donné comme avantage dans votre façon de lire et de piloter une maison ?


La finance m’a appris qu’un hôtel est un équilibre permanent entre émotion et performance.

Dans le luxe, on parle souvent d’expérience client, d’esthétique ou de service, et c’est essentiel. Mais derrière cela, il faut une structure solide, une vision claire et des décisions cohérentes.

Avoir passé plus d’une décennie en finance me permet aujourd’hui de piloter un établissement avec une lecture très globale. Comprendre les chiffres, bien sûr, mais surtout comprendre ce qu’ils racontent humainement et opérationnellement, puis savoir le transmettre aux équipes.

Je pense qu’un bon directeur général doit autant savoir lire un P&L qu’observer l’ambiance d’un lobby ou écouter ses collaborateurs.

 

3. Vous connaissez le métier par plusieurs de ses facettes : financière, opérationnelle, stratégique. Est-ce que cela change la façon dont vous recrutez et ce que vous recherchez chez un collaborateur ?


Je recherche avant tout des personnalités sincères et engagées.

Les compétences techniques s’apprennent et se développent, je pense d’ailleurs en être un exemple concret.

En revanche, l’attitude, l’envie de faire plaisir, l’intelligence émotionnelle ou encore le sens du collectif sont beaucoup plus précieux.

Dans le luxe aujourd’hui, les clients recherchent de l’authenticité. J’aime donc les collaborateurs capables d’être excellents sans être artificiels.

Je crois également énormément à la polyvalence et à la curiosité. Les meilleurs profils sont souvent ceux qui comprennent l’hôtel dans sa globalité et qui ont envie d’apprendre au-delà de leur propre métier.

 

4. Le Prince de Galles, c'est presque une décennie de votre vie professionnelle. Qu'est-ce qu'on apprend sur soi et sur le luxe quand on reste longtemps dans une même maison ?


J’ai passé sept années au Prince de Galles avec plusieurs missions, aussi bien sur le plan financier qu’opérationnel.

J’ai également eu la chance de participer à l’ouverture de nouveaux concepts avec cette envie de casser certains codes, notamment avec l’ouverture du restaurant Akira Back puis du bistrot avec Norbert Tarayre.

J’y ai aussi traversé plusieurs périodes de crise, comme les mouvements des Gilets jaunes où l’hôtel se trouvait au cœur des événements chaque semaine, puis la période du Covid, durant laquelle je faisais partie de l’équipe qui maintenait la maison pendant sa fermeture.

C’est dans cette maison, et en y restant plusieurs années, que j’ai énormément appris sur la constance, mais aussi sur le développement humain. Faire évoluer des équipes, accompagner des collaborateurs vers des postes managériaux puis vers des fonctions de direction a probablement été l’une des plus grandes satisfactions de cette période.

Lorsque l’on passe autant d’années dans un établissement, on comprend qu’un hôtel est avant tout une aventure collective.

 

5. Vous dirigez aujourd’hui l'Anantara Plaza Nice qui s'affirme comme une adresse de référence sur la Riviera. Dans un marché aussi concurrentiel que la Côte d'Azur, comment pilotez-vous votre stratégie pour positionner et différencier l'établissement ?


Nice est aujourd’hui une destination extrêmement dynamique et concurrentielle.

Pour se différencier, je pense qu’il faut éviter de simplement “faire du luxe”.

Beaucoup d’établissements peuvent proposer un beau produit ou une offre différente. La véritable différence vient de l’émotion, de la personnalité et de la cohérence de l’expérience proposée.

L’Anantara Plaza Nice possède une identité très particulière : une histoire forte puisque l’hôtel a ouvert en 1848, une localisation exceptionnelle et cette capacité à mêler élégance internationale et art de vivre méditerranéen.

Mon objectif est de continuer à faire de cette maison une référence de la Riviera tout en maintenant un niveau d’exigence très élevé sur l’expérience client.

 

6. Le luxe hôtelier évolue vite : attentes des clients, digitalisation, nouvelles générations de talents. Comment concevez-vous l'avenir de l'Anantara Plaza Nice et quelle empreinte souhaitez-vous lui donner ?


Le luxe évolue énormément. Les clients recherchent aujourd’hui davantage de personnalisation, de fluidité et de sincérité.

La technologie et la digitalisation vont continuer à transformer nos métiers, mais je reste convaincu que l’humain restera toujours au centre de l’expérience.

Je pense également que les nouvelles générations de talents attendent davantage de sens, d’écoute et de perspectives d’évolution dans leur carrière.

L’empreinte que j’aimerais laisser à l’Anantara Plaza Nice, c’est celle d’une maison reconnue non seulement pour son produit ou sa localisation, mais surtout pour l’énergie et la qualité humaine que l’on ressent lorsqu’on y entre.

 

7. Avec vingt ans de métier derrière vous, quel conseil donneriez-vous à celui ou celle qui ambitionne aujourd'hui de diriger une belle maison ?


Il faut rester humble et curieux.

On ne dirige pas un hôtel depuis un bureau. Il faut aimer le terrain, observer, écouter et comprendre les équipes autant que les clients.

Je pense également qu’il est essentiel de ne jamais perdre le sens du détail. Dans le luxe, ce sont souvent les petites choses qui créent les grands souvenirs.

Et enfin, il faut aimer profondément ce métier, parce qu’il demande énormément d’énergie, de passion et d’engagement.

Et pour terminer sur une note personnelle

  • Si vous étiez un monument de la Côte d'Azur
    La Villa Ephrussi de Rothschild, pour son élégance intemporelle, son raffinement et sa vue unique sur la Méditerranée.
  • Si vous étiez un détail qui fait la différence dans le luxe
    Le regard et l’attention sincère portée au client.
  • Si vous étiez une destination
    Le Japon, pour son sens du détail et du respect.
  • Si vous étiez un livre
    Vu que j’aime casser les codes, je vais plutôt proposer un album.

        Nomad de DJ Snake pour son mélange d’influences, d’énergie et d’ouverture sur le monde.

  • Si vous étiez une citation
    « L’excellence n’est jamais un hasard. »

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